lundi 4 septembre 2017

L'envers de la médaille

Au moment d'écrire ces lignes, j'étais encore en train de courir il y a 48 heures. 

Mon corps le ressent encore vivement, mais dans ma tête ce n'est pas clair, ce n'est pas certain si j'ai même fait la course. Même si j'essaie de me rappeller de ma journée, je n'ai que des flashs ici et là, sans être à 100% certain de l'ordre dans lesquels ces brefs souvenirs se sont déroulés. Quelques suites de sons et d'images sans plus. 

Je me souviens d'une dame qui m'a offert à manger car elle avait peur que je tombe... 

Je me souviens de m'être assis après 42 km, plus fatigué qu'à la normale pour cette distance, en me demandant comment j'allais être capable de refaire la même distance une seconde fois...

Je me souviens de m'être fait demander par un bénévole et quelques coureurs si ça allait... 

Je me souviens d'un homme passé 65 ans qui a rapporté ma glacière à l'auto car je n'avais plus l'énergie de le faire...

Ce n'est pas la première fois que je pousse mon corps à la limite. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours eu une très grande tolérance à la douleur. Un peu trop même, jusqu'à courir blessé à en avoir mal chaque jour pendant des mois, ou courir jusqu'à en perdre connaissance. C'est toujours mon corps qui a flanché en premier, ma tête voulant toujours continuer même si ce n'est pas une bonne idée. 

Mais pas cette fois. Il y a 48 heures, c'est ma tête qui a flanché. Après 12 heures à accumuler les kilomètres, tu finis par te jaser à toi-même, une sorte de monologue sans but avec parfois peu de sens. Après 150 tours à dire aux marqueurs ton nom quand tu passes devant eux, tu as l'impression que ton nom est devenu une suite de syllabes sans aucune signification, à te demander même si tu le prononces encore comme il faut.  

Il y a 48 heures... 

Je me souviens d'avoir eu peur de ne pas réussir, peur à en paniquer...

Je me souviens d'avoir été angoissé de décevoir, de ne pas être à la hauteur...

Je me souviens d'avoir fleurté avec l'abandon pendant au moins 5 heures...

Je me souviens de m'être demandé frénétiquement pendant 80 minutes si c'était plus économe de courir le dernier 100 mètres d'un kilomètre ou le dernier 150 mètres d'un 500 mètres...

Je me souviens de m'être laissé choir de fatigue dans ma chaise pour me mettre à me répéter en boucle que je devais avancer, que je devais avancer, que je devais avancer, que je devais avancer, qu'en étant assis je n'avançais pas, pour me relever 40 secondes après et repartir, pas vraiment reposé...

Je me souviens d'avoir essayé de convertir dans ma tête des bouchées de galette au chocolat en kilomètres en ayant mal au coeur...

Je me souviens d'avoir dit à un coureur que j'avais juste hâte que ça finisse quand il restait encore plus de 4 heures...

Je me souviens de m'être mis à pleurer à grosses larmes devant ma blonde en lui disant que j'étais tanné quand il me restait encore plus de 15 kilomètres...

Pourquoi avoir continué dans le fond? Je ne sais pas.

De toute façon je peux rarement en parler réellement car c'est quelque chose que peu de gens comprennent. J'aborde la pointe de l'iceberg, mais l'essentiel de tout ça reste dans ma tête.

Et parmis ces choses qui restent dans ma tête... 

Ce sont les encouragements des autres coureurs! "Petit train va loin!!" "C'est The Red Machine!!!"

C'est le sentiment de te faire donner un drapeau 75 km devant tout le monde que tu peux traîner avec fierté pendant un tour!

C'est la présence de ta famille qui fait quelques tous avec toi avec la poussette en te disant mentalement que tu vas avoir quelques leçons de persévérance à raconter à ton petit plus tard!

C'est la présence d'un coureur hors-norme qui prend le temps de prendre une photo avec toi et ton drapeau, et qui te dit que la douleur est temporaire et que la gloire est éternelle!





lundi 19 juin 2017

Sony Walkman NWZ-W273: ma revue



Il y a deux ans, j'ai acheté le Sony Walkman NWZ-W273. Encore aujourd'hui, il figure régulièrement dans les palmarès des meilleurs lecteurs MP3 pour la course à pied.

Mais qu'en est-il vraiment?

Après des milliers de kilomètres d'entraînement et plusieurs marathons et demi-marathons à l'utiliser, je peux finalement faire une revue objective du produit.

Tout d'abord, ce qui m'a poussé à acheter ce lecteur MP3 c'est la liberté de n'avoir aucun fil d'écouteurs. Il y a deux ans, les montres d'entraînement offrant une connectivité bluetooth pour écouter de la musique étaient inexistantes. Encore aujourd'hui, ce n'est pas toutes les compagnies qui offrent cette fonctionnalité.

Le fait que ces écouteurs soient sans fil est très intéressant lors des entraînements. J'avais un peu peur du confort lors de mon achat, mais ils sont très confortables et très légers. J'ai par contre découvert que cet avantage devient étonnamment un inconvénient lors de courses. Si vous êtes comme moi, après une course vous portez votre médaille au cou, et vous vous promenez sur le site pour retrouver vos amis et pour relaxer. Et pendant ce temps, où mettez-vous vos écouteurs? Terminé le temps où vous les laissiez pendre sur votre chandail! La rigidité du cable qui relie les deux écouteurs fait en sorte qu'ils ne sont pas confortables dans les poches d'un short, donc vous les accrochez au cou, par dessus votre médaille. Ça peut sembler banal, mais c'est inconfortable (voir désagréable) et ils ne tiennent pas bien en place, et ils tombent. (Et ma blonde a perdu les siens dans une course..)

Ces écouteurs sont aussi waterproofs. On peut même faire de la natation avec ceux-ci, chose que je n'ai jamais essayée. Le fait qu'ils soient résistants à l'eau fait en sorte qu'ils sont designés pour faire des "bouchons" dans les oreilles pour éviter que l'eau atteigne l'écouteur. Soit on aime, soit on aime pas. De mon côté, l'effet "bouchon" ne me dérange pas dans la vie quotidienne, mais ça me dérange un peu pendant que je cours étant donné que ça coupe le son extérieur et ça empêche de bien entendre les voitures ou les cyclistes. Je ne sais pas si je suis malchanceux, mais il m'est arrivé que de la sueur entre à l'intérieur du "bouchon", et l'étanchéité a fait en sorte que la sueur est restée prise à l'intérieur et a endommagé l'écouteur. J'ai dû faire affaire subir avec le service à la clientèle de Sony pour en avoir une nouvelle paire.

Côté pile, la durée de vie est raisonnable. Même après deux ans d'usure, je n'ai aucun problème à compléter mes entraînements et mes courses. Oublier les ultra-marathons par contre, maixmum 6-8 heures de batterie. Mention spéciale au "quick charge" qui permet d'avoir une charge d'environ 1 heure en seulement 3 minutes de charge. Vraiment un beau point positif de ce lecteur. Rien de plus frustrant que de voir son lecteur à plat juste avant de partir pour une sortie...

En lien avec la durée de la pile, le chargeur est horrible. C'est le principal point faible du produit. C'est même la raison pour laquelle je me suis commandé un autre lecteur MP3 d'entraînement (SanDisk Clip Sport). En effet, je ne compte plus les fois où la connection entre le chargeur et le lecteur ne se faisait pas bien. Le résultat est que parfois un ordinateur ne le détecte pas (donc impossible de changer la musique) et parfois même branché au mur, le lecteur ne charge pas.

Le lecteur possède une mémoire interne de 4GB, ce qui est suffisant pour avoir toute sa musique de course. Pour y arriver, ça fonctionne comme un clé USB, pas plus compliqué! Sinon, le contrôle de lecture est bien simple: play, pause, next. C'est tout, et ça fait le travail! Au début on doit apprendre au toucher où se situent les bontons, mais ça devient rapidement un réflexe. Seul petit bémol, si l'envie vous prend de faire "next" jusqu'à la chanson que vous voulez entendre pour votre dernier kilomètre dans une course, courir avec un bras dans les airs, ce n'est pas super. Encore là, un lecteur qu'on peut prendre dans sa main à une hauteur normale va beaucoup mieux dans ces situations.

Ça résume mon expérience du Sony Walkman NWZ-W273. Malgré quelques points positifs, les problèmes du lecteur font en sorte qu'il est difficilement recommendable. Surtout à un prix de +100$. Et surtout pas dans un top palmarès des meilleurs lecteurs pour la course à pied.

Si vous avez des questions plus précises sur ce lecteur n'hésitez pas!





mardi 20 septembre 2016

Ça donne quoi au juste de mettre ses entraînements sur Facebook?

Il y a quelques années, mon plus grand défi avait été de présenter de mon projet de maîtrise. Mon plus grand défi car cela impliquait de faire une présentation en anglais devant environ 250-300 personnes. Faisant partie des gens pour qui présenter devant un public rend presque malade d'anxiété, de combiner cela dans une langue que je ne maîtrise pas rendait la tâche presque impossible. Tout le monde a ce genre d'épreuves tôt ou tard dans sa vie où on doit se préparer pendant plusieurs semaines pour réussir quelque chose. Parfois c'est scolaire, parfois c'est au travail. Souvent en tout cas, c'est un passage obligatoire vers la prochaine étape, une sorte de suite logique bien encadrée qui fait partie d'un plan où les règles sont connues.

Quelques années plus tard, en 2010, je débutais la course à pied avec en tête le demi-marathon de Montréal. Même si se lancer dans une telle aventure est stressant, ce genre de projet s'accompagne de programmes d'entraînement, hyper accessibles étant donné la popularité du sport. Grosso-modo, c'est comme un entraîneur qui nous tient par la main tout au long du périple, où les étapes et les entraînements sont connus d'avance. C'est généralement une source de réconfort qui permet de rester rationnel en se disant que des centaines de personnes sont passées par là, qu'on a qu'à suivre le programme et qu'on sera prêt. À quelques coup de pieds dans le cul près, c'est pas mal la réalité, ces programmes conviennent aux gens peu importe leur condition physique, tant que l'effort est au rendez-vous. En cours de progression, les gens partagent généralement leurs bons coups sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Strava. Plusieurs associent des traits narcissiques à ce genre de comportement. Certains le font pour attirer les likes ou les bravos, ou pour se démarquer d'une façon quelconque. Pour moi, c'était plus une façon de dire aux gens que j'étais fier de mon progrès, d'essayer d'en convaincre d'autres de d'emboîter le pas dans de bonnes habitudes. Pour moi un like c'était quelqu'un d'absent physiquement qui voulait prendre le temps de célébrer avec moi ma petite victoire personnelle de rien du tout.

Même si j'adore courir pour la liberté (et la libération!) que ça me procure, je cours principalement pour voir jusqu'où je peux me rendre. Jusqu'où je peux me rendre dans un objectif carrément optionnel dans ma vie. Et là est toute la nuance avec les défis de tous les jours au travail ou à l'école, comme ma présentation orale pour mon projet de maîtrise. La majorité des défis qu'on attaque font partie d'un "chemin" tracé, où les conséquences d'abandonner ont un impact direct sur notre vie. J'ai plongé dans le monde de la course à pied car c'est une façon pour moi de me tester face à moi-même, où la facilité d'abandonner est déconcertante, où l'abandon est toujours en train de te chuchoter à l'oreille, et où le lendemain matin, la vie continue sans que personne ne remarque quoi que ce soit, tant avec l'abandon que la réussite.

Pour la première fois de ma vie, je m'attaque à une épreuve de course à pied très peu populaire, l'ultra-marathon en montagne. Les programmes d'entraînements n'existent pas vraiment pour ce genre de courses, et certains pensent que ceux qui font ce genre de distances sont un peu fous et ne savent pas où s'arrêter. Ce genre de projets, ça ne fait pas partie d'un chemin tracé comme réussir sa maîtrise. Ce genre de projet ne s'accompagne pas non plus d'un programme clé en main comme un marathon ou un demi-marathon. C'est dans le très optionnel dans une vie metons. Mais ça demande beaucoup de sacrifices. En incluant le transport, l'échauffement, les étirements (oui je m'étire malgré les croyances populaires!) et surtout, le temps de décanter après un entraînement, ça peut prendre 15 heures de ma semaine. Devoir prendre 3 ou 4 heures pour récupérer dans le divan après un entraînement qui a duré tout l'avant-midi, ça implique des sacrifices même jusque dans le couple. Même chose le soir lorsqu'on est brûlé raide à 8h30 et que la seule chose qui nous intéresse, c'est de dormir pour être en forme pour l'entraînement du lendemain matin. Tout ça pour quelque chose d'optionnel où le fait de lâcher ne changerait rien dans la vie de personne. Ni la mienne en fait. Je ne gagnerai jamais une course peu importe la distance, encore moins gagner ma vie avec ce genre de projet. Le nombre de fois où après la moitié de mon entraînement en passant devant mon auto j'ai fleurté avec l'idée de retourner chez moi... Chaque excuse pousse à vouloir abandonner. Pourquoi pas si ça ne change rien dans le fond? Parfois, la seule motivation qui reste, c'est simplement de se dire que tant qu'à être rendu aussi loin dans la progression, à quelques semaines du mythique ultra-marathon, aussi ben se rendre au bout, qu'il y a plus de fait que ce qu'il reste à faire. Le pire c'est se demander si toutes les semaines passées à se préparer, est-ce qu'elles se faisaient comme il le fallait? Sans programme clair, est-ce que je fonce tête baissée dans le mur? Est-ce que c'est la dernière fois dans ma vie où j'ai l'opportunité de m'attaquer à ce genre de projet qui est le point central de ma vie en ce moment? Et si j'échouais... Normalement mes échecs, je les vois comme des leçons pour réussir à nouveau. Mais si c'était ma seule occasion de réussir? Et si après les 44 premiers kilomètres je dépassais le temps de coupure des 8 heures et que les bénévoles m'empêchaient d'attaquer les 11 derniers kilomètres? Et si ça allait s'arrêter drette là, assis sur une chaise en attendant de me faire raccompagner à mon auto pour m'en retourner chez moi pour aller travailler le lendemain matin, tout simplement?

Et les réseaux sociaux dans tout ça, les likes et les bravos? Tant pour moi que pour ceux que leur montagne à eux, c'est de réussir leur premier 5 km, ça représente parfois la petite-dose-de-lâche-pas-tu-vas-réussir, le petit plus qui fait la différence, comme des parfaits inconnus le long du parcours d'une course qui lisent ton nom sur ton dossard en te criant "let's go Normand, ça achève!" quand tu as l'air d'une épave qui se demande pourquoi elle fait ça au juste. Faque c'est un peu pour ça que les gens vous écœurent avec ça sur Facebook. Ça aide à chasser les deux petits démons sur les épaules!

dimanche 7 août 2016

Récit de course - 5 Peaks Coaticook demi-marathon

Dimanche matin.

Un dimanche de course comme bien d'autres. Pendant que les gens dorment, le cadran sonne tôt, 6h30 am. La routine d'un matin de course est bien rodée, je ne compte plus le nombre de courses que j'ai pu faire durant les 7 dernières années.

Quelque chose de différent cette fois-ci par contre. Anxiété et stress sont de la partie! La dernière fois où je me suis senti comme ça avant une course, c'était à mon premier marathon il y a quelques années. Je respire tranquillement, mais j'expire saccadé par moment. C'est la première fois où je m'attaquerai à la course à une distance de 21.1 km en sentiers, en montagne.

Peur de ne pas terminer.
Peur de terminer dernier.
Peur d'avoir l'air fou.
Peur de regretter de m'être inscrit à l'ultra-marathon 55 km de Bromont en Octobre...

Je prends mon auto direction Baldwin Mills près de Coaticook. 50 min de trajet à essayer d'anticiper comment le tout se déroulera.

Arrivé sur place, je récupère mon dossard, et en profite pour demander combien il y a d'inscriptions pour le demi-marathon. 19 personnes. Je suis assuré d'un top 20! L'organisateur de la course rencontre les coureurs avant la course pour expliquer les consignes de sécurité. C'est fou comment entendre "plusieurs montées difficiles, c'est du costaud" et "descentes très techniques avec un secouriste sur place s'il y a des chutes" n'aide pas à ma confiance. J'apprendrai plus tard qu'une fille est tombée au sol en pleine face dans une roche.  "Mon nom c'est Luc et c'est moi qui a fait le tracé de la course. C'est après moi que vous pourrez sacrer pendant la grosse montée". Bon ça c'est l'insulte à l'injure!

Je regarde les 18 autres coureurs à la ligne de départ et je me demande ce que je fais là. Tout le monde à l'air en shape olympique comparé moi. Ils se connaissent presque tous et parlent des dernières courses de trail aux 4 coins du Québec. Je me sens tellement imposteur. Décidément, la course en trail vise une clientèle très, très, très cible. Je décide d'aller me placer en arrière complètement pour ne pas être dans les jambes.



Le départ est lancé pour la première des deux boucles de 10 km. Je me joins à deux coureurs devant moi. La première section prend 12 minutes (1.85 km) pour se rendre aux sentiers de la montagne. Déjà une centaine de mètres de dénivelé dans les jambes et je pompe l'huile. Les deux coureurs avant moi ne l'ont pas facile non plus.



La deuxième section prend 21 min (2.50 km) sur 215 mètre de montée. C'est infernal. Câlisse de Luc. Les deux coureurs me distancent peu à peu. Je suis carrément en train de marcher. J'ai besoin de mes mains pour m'agripper à des roches ou des arbres à certains endroits tellement la montée est abrupte dans un champ de roches grosses comme des ballons de plage. Je rejoins et dépasse une fille qui semble en avoir plein son casque elle aussi. Rendu en haut, les coureurs avec qui j'étais s'arrêtent un peu pour prendre une pause. Je serre les dents et je continue.



La troisième section est la fameuse descente technique avec le secouriste. Une centaine de mètres de dénivelé sur 500 mètres distance. 500 mètres qui prennent 5 min à faire tellement c'est difficile de descendre. Je comprends maintenant la raison des lumières rouges qui flashaient juste avant d'amorcer la descente.



La quatrième section remonte une fois de plus en haut de la montagne. Environ 1 km de distance avec 115 mètres de dénivelé. Une dizaine de grosses minutes de souffrance. Presque aussi atroce que la montée de la deuxième section. Je rejoins un autre coureur avec un chandail noir et je le talonne sans vouloir le dépasser.



La cinquième et dernière section descend sur 4 km jusqu'à la ligne de départ pour compléter la première boucle. Je décide de larguer le coureur au chandail noir. Une vingtaine de minutes plus tard, tout sera à refaire une seconde fois. Vers la fin de la première boucle, je croise les meneurs qui ont déjà entamé leur deuxième boucle. Ils doivent avoir facilement 15 minutes d'avance sur moi.

Durant la première section pour me rendre à nouveau vers les sentiers de la montagne, je croise le coureur au chandail noir qui termine sa première boucle. J'ai une solide avance sur lui. C'est bon pour le moral. Je dépasse tranquillement pas vite deux autres coureurs. Je complète la première section 2 minutes plus lentement que la première fois, la fatigue commence à embarquer.

Je complète la deuxième section avec 3 minutes de plus que la première fois. Bon okay, j'ai arrêté pour pisser contre un arbre, ça doit expliquer en partie mon retard. Ça et le fait que je marche sans arrêt dans l'interminable montée. Luc esti...

De retour à la descente de la troisième section, je prends mon temps. Les jambes et chevilles sont fatiguées, et ce n'est pas le temps de prendre une débarque. Je prends encore du retard ici et là. Il fait chaud, je n'ai presque plus d'eau. Mon linge lui ne manque pas d'eau et est trempe à lavette et commence à devenir lousse. Je commence à perdre mes shorts!

La quatrième section qui remonte à nouveau en haut du Mont Pinacle est un véritable chemin de croix. Je marche de A à Z. Malgré tout mon coeur bat à 170 bpm. Le retard s'accumule une fois de plus. Je croise un bénévole qui me demande comment vont les cuisses. J'imagine que j'ai l'air d'une épave.

Durant la dernière section qui descend jusqu'à la ligne d'arrivée, j'entends des encouragements de spectateurs derrière moi. Je me retourne, le coureur au chandail noir est là! Impossible, j'avais tellement d'avance! Il doit être à 400-500 mètres derrière moi. Je n'ai plus de jus et je commence à me résigner que je vais me faire passer à la toute fin. Ça devait faire 45 minutes que je courais seul, sans personne en vue ni en avant, ni en arrière de moi.

Moins de 1 km, le sentier est très technique. Plusieurs petits ponts en bois. J'ai les chevilles qui virent sur les côtés dans les descentes remplies de roches tellement mes jambes sont épuisées. En quittant l'avant dernier point, j'entends le coureur en arrière de moi embarquer dessus. 10 mètres en arrière de moi. Je décide alors de garder mes énergies et le laisser me rejoindre jusqu'à la toute dernière portion en terre battue, avec peu d'obstacles. Je serai davantage dans mon élément de coureur sur route pour donner tout ce que j'ai.

Dernière petite descente et dernier pont à 4 marches à passer par dessus la rivière. C'est maintenant ou jamais. Je décide d'écraser la pédale. J'arrive au pont et je skip les 4 marches d'un coup. Les 4 marches pour descendre du pont aussi. J'accélère au maximum. Pace de 4 min 30 dans une portion où j'allais normalement à 6 min du kilomètre. Fréquence à 185 bpm. Je n'ai aucune idée si je vais pouvoir tenir ça longtemps, encore moins si je pourrai le faire jusqu'à la fin ou si je vais casser et me faire dépasser. J'en ai pour peut-être 90 secondes avant de terminer ma course. Pas question qu'il l'ait facile s'il veut me dépasser.

Je vole par dessus les trous d'eau, les racines et les roches. Je coupe les courbes en maximum. Je vois le sentier au loin qui sort du bois pour déboucher sur l'aire de départ. En sortant du bois je regarde en arrière pour voir où l'autre coureur est rendu. Je ne le vois plus!!!

Je franchi la ligne d'arrivée brûlé raide. Je me couche au sol. Le coureur au chandail noir termine et vient me voir, me taper dans la main, pour me dire que j'étais une machine, que j'ai terminé en force ça a aucun sens. Son ami arrive, il me pointe en me disant que lui (moi!!) c'est une machine.

J'ai terminé 11e sur 20, ce qui n'est pas super impressionnant. 25 minutes derrière le gars en première place. Grosse volée. Malgré ma peur et mon sentiment d'imposteur avec ces coureurs qui m'impressionnaient tant à la ligne de départ, il semblerait que je suis une machine aux yeux de l'un d'entre eux! Wow!


mercredi 21 octobre 2015

Mes Jeux Olympiques à moi

Pour moi, franchir la distance de 42.2 km, ce n'est ni facile, ni assuré. C'était la 3e fois que je m'attaquais à ce défi, avec encore le sentiment amer de l'échec de l'an dernier. Ma préparation avait été parfaite. Un été complet d'entraînement sérieux. Une bonne alimentation. Suffisament de repos. Tout ça ne m'avait pas préparé à une douleur atroce à la hanche pendant les 12 derniers kilomètres. 12 kilomètres à courir en boitant avec les dents serrées en se disant qu'on est mâle en tabarnak de pas lâcher, en voyant tout le monde te dépasser, en voyant toutes tes chances de battre ton record s'émietter pas après pas, ça forge le caractère. Ça forge autant le caractère que ça laisse une trace. Une trace dans la confiance qui reste dans ta tête jusqu'à la prochaine fois où tu affrontes le défi une fois de plus. Et ce défi, mon défi, c'était le Scotiabank Toronto Waterfront Marathon 2015. 

La dernière course de l'année, c'est comme des minis Jeux Olympiques. C'est la Concrétisation, la journée pour laquelle tu t'es préparé pendant des mois, pendant plusieurs centaines d'heures, à la chaleur, à la pluie, heures après heures, sacrifices après sacrifices, où tu as échangé des dimanches matins chez Cora ou dans le confort de ton lit pour des entraînements de 2 heures, à te demander des fois c'est quoi le trip.  La dernière course de l'année c'est aussi une célébration, un rassemblement avec des milliers de personnes de plus de 50 pays venus faire exactement la même que toi, se mesurer, se prouver, se dépasser. Pour certains c'est le projet d'une vie.

Dimanche matin, le cadran sonne. 5h00 AM. Mon équipement de course est prêt depuis la veille sur la chaise. Mon équipement était dans mon sac de sport prêt depuis 2 jours, et qui a été vérifé, re-vérifié, re-re-revérifié, 74 fois. Avant de partir pour Toronto, et après être arrivé à Toronto. Ça fait beaucoup de vérifications. Avoir moins vérifié mon sac et avoir plus vérifié l'itinéraire pour se rendre à la ligne de départ en transport en commun, ça aurait peut-être aidé à ne pas me perdre le matin de la course dans une ville que je ne connais pas. Pour m'aider, une chance qu'en plus le tramway est tombé en panne. Un tramway qui tombe en panne c'est super bon pour la gestion du stress. 

Je me présente dans mon groupe de départ. Nous sommes 26 000 coureurs qui prennons le départ, dont 3822 qui s'aventurons pour le 42.2 km. Dans le froid, le vent et le soleil qui se lève, on sent un mélange de stress, de joie et de nervosité généralisé. Le départ est lancé à l'heure prévue, 8h45, avec les coureurs d'élite qui prennent le départ quelques minutes avant moi.

Mon plan était simple, prendre les 2 ou 3 premiers kilomètres pour m'échauffer, et ensuite augmenter la cadence et être à l'écoute de mon corps pour voir comment le tout se déroule. Idéalement éviter de dépasser une fréquence cardiaque de 165 en début de trajet. 

Les premiers kilomètres ont été ceux qui m'ont paru passer le plus rapidement de ma vie. Je n'ai même pas eu connaissance que j'attaquais le 5e kilomètre quand j'ai aperçu au loin le lapin de 3h40. Je me rapprochais de lui. Je visais intérieurement un chrono de 3h45, alors ce n'était pas normal d'être aussi rapide en début de course. Je ne devais pas tomber dans le piège de partir trop rapidement, influencé par la marée humaine qui m'entoure, et les centaines de spectateurs qui hurlent le long du parcours. Un grand sage m'a déjà dit "Si tu pars en innocent, tu vas finir en innocent".

Malgré ma cadence élevée, ma fréquence était dans les 150-155. C'était bon signe, premier moment de confiance dans la course! Quelques minutes plus tard je faisais maintenant partie du groupe d'environ 30 coureurs suivant le lapin de 3h40. Peu de temps après avoir rejoint le groupe, c'est à ce moment qu'on voit arriver à sens inverse le groupe du Kenya et de l'Éthiopie. Une dizaine de coureurs tous habillés de la même façon, escortés de motos. Vraiment impressionnant. 100% des têtes de notre groupe les ont regardé passer. 

Sans m'en rendre compte, le groupe du 3h40 réduisait en nombre. Vers le 15e kilomètre, c'est à ce moment que j'ai réalisé que ça allait être une journée spéciale, que j'avais des chances de battre mon record. Je savais par contre que j'allais à une vitesse beaucoup trop rapide pour moi et que ça allait nécessairement me rattraper. J'ai alors décidé d'utiliser une stratégie vraiment peu recommandée, celle de mettre du temps en banque pendant que ça va bien en prévision de casser en fin de course, fatigue ou douleur oblige. J'estimais donc que vers le 32e ou 33e kilom'etre j'allais décrocher du groupe, me laisser rattraper par le groupe de 3h45, et tenter de rester accroché avec eux jusqu'à la fin.

Le 21e kilomètre approchait. La foule dense de spectateurs apparaissait au loin, entre les hauts immeubles du centre-ville de Toronto, incluant la tour du CN en vue. Quand les gens du demi ont quitté, je me suis dit la même chose que lors de mes 2 premiers marathons, "bon, la moitié de fait!".

Le 30e kilomètre approchait, et le groupe du 3h40 était rendu maintenant à 6 coureurs, incluant le lapin. Ma fréquence cardiaque frôlait les 170-175 depuis déjà un bon moment. Je brûlais la chandelle par les deux bouts, mais j'avais déjà accepté de décrocher dans les prochains kilomètres et terminer en mode survivor. 

À 10 km de l'arrivée, notre groupe amaigri du 3h40 dépassait de plus en plus de personnes qui venaient de casser. Des gens arrêtés sur le bord du chemin pour s'étirer afin de chasser les douleurs. D'autres marchant les jambes barrées. De mon côté, j'ai commencé pour la première fois à penser que de suivre le groupe de 3h40 jusqu'à la fin était envisageable. Je n'y croyait pas!

C'est alors que la traversée du désert commença. J'en étais rendu à me trouver des moyens d'épargner de l'énergie, comme en évitant de pencher ma tête trop vers l'avant, ce qui crée des tensions inutiles dans la nuque. Ou comme balancer les bras de manière exagérée dans les petites côtes, comme si ça allait vraiment m'aider... Ou alors comme réduire de manière ridicule mes enjambées, pour réduire la force de l'impact au sol de chacun de mes pas. Ou bien d'éviter de regarder ma montre, ce qui m'obligeait à lever mon bras de quelques centimètres. Tous les trucs sont bons pour faire quitter nos pensées de notre corps, pour que le temps et les kilomètres passent plus rapidement. C'est aussi le bon moment pour pratiquer nos fractions. Il reste l'équivalent de 3 tours du Lac des Nations. Il reste 5/6 de 2 tours du Lac des Nations...

... Il reste 1 tour et demi du Lac des Nations, et il reste uniquement moi avec le lapin de 3h40. Tous les autres du groupe ont cassé. Sauf moi. Je me prends vraiment pour le champion du monde. Le Mâle Alpha Original. Même si des centaines de coureurs ont déjà terminé et qu'il me reste 5 km à faire.

À 3 km de la fin, la foule de spectateurs prend de l'ampleur. Je l'entends à traves mes écouteurs. L'ambiance est folle. Les gens crient, sonnent des cloches à vaches, ont des pancartes dans les mains en haut de leur tête avec des slogans comme "If Marathon Was Easy Then They'd Call It Your Mom". Ça donne de l'énergie exactement quand il en faut. Je commence à dépasser le lapin. Le parcours devient plus étroit, on sent l'énergie de la foule. J'augmente ma vitesse à celle que j'ai durant un demi-marathon. Je ne comprends même pas comment je peux aller aussi vite rendu à cette portion de la course. Le lapin est loin derrière moi. Je vois une pancarte 500 mètres au loin. J'enlève mes écouteurs pour puiser mon énergie que je n'ai plus dans celle de la foule. 300 mètres. 200 mètres. Je vois au loin l'arche de la ligne d'arrivée avec le chronomètre géant.

Ça y est, je venais de remporter mes Jeux Olympiques à moi, avec un chrono de 3h38. 12 minutes plus rapidement que mon record! 7 minutes plus rapidement que mon objectif en début de course.


C'est à ce moment que tout prend son sens. C'est là qu'on comprend c'est quoi le trip de flober 100$ pour s'inscrire à une course à 750 km de sa maison, de prendre 2 jours de congé au travail, de se lever à 5h00 le matin quand on gèle et qu'il fait noir, d'y aller mollo avec la bière lors de 5 à 7 durant tout l'été.

Et c'est là qu'on reçoit notre médaille de participation. Parce que même si on a pas gagné pour vrai, on a gagné quand même.